
Parfaitement revu, rien à corriger
Un recueil de documents audiovisuels glanés de ci de là au cours de l’année 2006. Ainsi est présenté le nouvel opus de Brian de Palma. Avertissement : les personnages et le récit de l’œuvre sont totalement fictifs, inspirés par contre de faits réels.
Mais quels sont ces faits ? Le réalisateur américain narre une histoire très simple, presque linéaire, les excès d’une unité américaine envoyée en Irak, subissant une pression constante tant de leurs supérieurs, que des autochtones. La petite troupe se veut représentation évidente de l’Amérique actuelle, chaque personnage correspondant à une catégorie de population : on aura ainsi l’intellectuel, le militaire abruti, le criminel, le père de famille et le « journaliste ». Chacun de ces stéréotypes évolue ensemble dans cet univers hostile. Voilà pour les faits. Un peu simpliste me direz-vous ? Certes…
Cependant, la forme du film s’avère des plus intéressantes. De Palma alterne avec génie et malice différents documents audiovisuels, du documentaire français au journal vidéo du jeune militaire Salazar – le stéréotype du média –, des reportages d’une chaîne de télévision arabe, style Al Jazeera, au vidéos clandestines des rebelles, et reconstitue ainsi, chronologiquement, les exactions de la petite troupe américaine, l’éclairant sous différents regards. Il y a donc dans cette idée quelque peu novatrice une recherche de l’objectivité, critiquant parallèlement la subjectivité de chaque média.
Outre la guerre, ce sont eux que vise le cinéaste. Salazar est prêt à tout pour avoir des images choquantes, inédites, qui lui ouvriront les portes de son école de cinéma. Les média, qui filment les guerres, ne sont-ils pas comme lui ?
Mais l’objectivité recherchée est-elle possible ? La caméra peut-elle être neutre ? Tout cadre restreint ce que l’on nous montre, qu’il soit en mouvement perpétuel ou désespérément fixe. Même une vidéo de surveillance est subjective : il subsiste toujours des éléments que l’image ne veut ou ne peut nous montrer. Par leur confrontation, le cinéaste tend à effacer les prises de position.
Néanmoins, De Palma le metteur en scène se trahit. En effet, le film, soit disant français, d’où surgit la Sarabande de Haendel (magnifiant peut-être les actions diurnes des soldats ?), est parcouru de raccords « propres », parfaitement impossibles pour un documentaire.
N’y a-t-il pu résister ou nous rappelle-t-il que le réalisateur est là ? Car, oui, il s’agit bien de cinéma. La forme est novatrice, certes, mais narrer un fait, un personnage, en adoptant différents angles est cependant galvaudée : En 1941, Citizen Kane, pour ne citer que lui, nous proposait la vie d’un personnage sous différents regards. Sorti peu avant, Capitaine Achab de Philippe Ramos adopte le même procédé.
De Palma fait du cinéma, un cinéma qui tend à être exhaustif sur un fait, un cinéma reposant sur la juxtaposition, un cinéma où les acteurs sont aussi des filmeurs, un cinéma sous l’influence d’Internet, peut-être une nouvelle façon de regarder et de penser le monde.
Par Xavier DELAGNES
Remerciements : TFM Distribution